Principe de la Citoyenneté Vivante
Les sociétés deviennent des civilisations lorsqu’elles parviennent à produire un imaginaire partagé, une densité de formes et de récits où se réinventent le sens, la liberté et la mémoire collective. L’art n’y est pas un agrément accessoire : il constitue un pilier structurel du commun, un espace symbolique où la société se pense, se raconte et se transforme.
Dans la Cité de Shou, la citoyenneté ne se définit pas uniquement par l’appartenance administrative ou la résidence, mais par la participation effective à la vie symbolique de la collectivité. Être citoyen, c’est contribuer à ce qui relie, élève et transmet.
Sont ainsi reconnus comme citoyens de la Cité de Shou les adultes capables de justifier de la représentation, de la transmission ou de l’exposition d’un art à au moins trois reprises au cours des cinq dernières années.
L’art est entendu ici dans son acception la plus large : pratiques artistiques, artisanales, culturelles, narratives ou pédagogiques, dès lors qu’elles participent à l’enrichissement du paysage symbolique commun. Il ne s’agit ni de reconnaissance institutionnelle ni de performance, mais d’une présence réelle et assumée dans la vie culturelle de la cité.
Ce principe affirme que la dignité politique d’un individu ne se réduit pas à l’expression d’opinions, mais s’incarne dans une contribution concrète à la mémoire, à la sensibilité et à l’imaginaire collectifs. Une société qui reconnaît ses citoyens par leur capacité à créer et à transmettre se dote d’un socle civique profondément vivant.
Le principe du citoyen-acteur s’étend également au fonctionnement démocratique de la cité. La Cité de Shou met en œuvre une démocratie participative engagée, dans laquelle les citoyens ne se contentent pas d’exprimer des positions générales, mais deviennent porteurs effectifs de projets concrets, co-construits avec les institutions.
Cette co-construction s’opère exclusivement au sein de Collectifs de Projet Civique (CPC). Chaque collectif est constitué pour répondre à un objectif précis, clairement délimité dans le temps et dans son périmètre. Un CPC n’existe jamais au-delà de douze mois et se dissout automatiquement à l’issue de sa mission, quelle qu’en soit l’issue.
Afin de garantir l’équité, la disponibilité réelle et l’absence de captation du processus, un même citoyen ne peut participer qu’à un seul CPC à la fois. À l’issue de son engagement, il observe obligatoirement une période de carence de douze mois avant de pouvoir intégrer un nouveau collectif.
Ces règles introduisent une rareté assumée de la participation active. Elles permettent de préserver le temps institutionnel, d’éviter la professionnalisation informelle de la participation citoyenne et de prévenir toute transformation des CPC en groupes d’influence permanents ou en lobbies déguisés.
Les Collectifs de Projet Civique ne disposent d’aucun pouvoir normatif direct. Ils élaborent des propositions argumentées, documentées et traçables, auxquelles les institutions de la cité sont tenues de répondre publiquement, par adoption, transformation ou refus motivé. Ainsi, la responsabilité politique demeure clairement identifiée, tandis que l’intelligence collective est pleinement mobilisée.
Par ce mécanisme, la Cité de Shou affirme que la démocratie ne se mesure pas à la quantité d’avis exprimés, mais à la qualité des engagements assumés. Participer devient un acte de construction exigeant, limité et profondément responsabilisant.
← Retour au Sommaire